Par Hanny Ghazi

Traduit de l’anglais par Stéphanie Bonef, animatrice LLL France

 

Pour LLL, « La mère et son bébé ont besoin d’être ensemble tôt et souvent afin d’établir des liens affectifs satisfaisants et une sécrétion lactée adéquate » et « le bébé a un besoin intense de la présence de sa mère. Celui-ci est aussi fondamental que son besoin de nourriture ». Pour les femmes qui souffrent d’une dépression post-partum, cette question toute simple des liens avec leur bébé peut être difficile. Je voudrais partager un peu de ma propre histoire lorsque je me suis trouvée confrontée à la dépression post-partum et comment je suis à présent en mesure d’utiliser ce que j’ai appris pour aider d’autres mères.

J’adhérais fermement au concept du lien mère-enfant, et j’aurais donné un million de dollars pour le mettre en pratique, mais j’ai trouvé cela très difficile au début, malgré un allaitement intensif pendant la première année.

D’autres personnes ont changé, baigné, bercé mon bébé et joué avec lui à peu près tout le temps jusqu’à l’âge de neuf mois environ. Je l’ai l’allaité, certes, mais j’ai évité inconsciemment de passer un temps illimité avec lui parce que je souffrais d’une dépression post-partum (DPP).

Ma culpabilité de ne pas être la mère que je souhaitais a été allégée dans une certaine mesure par le fait que j’ai réussi à l’allaiter exclusivement, malgré beaucoup de difficultés à prendre le sein au début et une incompréhension du processus. Cependant, je ne me suis pas impliquée dans la relation autant que je le souhaitais et je n’ai fait que le minimum de ce que mon entourage attendait de moi.

Même quand je passais du temps avec lui, je regardais mon téléphone, je vérifiais mes réseaux sociaux, je consultais paradoxalement des sites web sur le maternage et la façon de nouer des liens avec son bébé. Je désespérais d’y arriver, mais en même temps j’étais complètement perdue !

Quand mon petit garçon a eu environ neuf mois, j’ai réalisé qu’il me fallait changer radicalement les choses si je voulais me lier à mon enfant. J’ai décidé de suivre mon instinct maternel et je suis devenue la seule personne à m’occuper de lui. Le miracle attendu est arrivé : j’ai eu un coup de foudre pour lui !

Aujourd’hui, je suis (presque) la mère que je rêvais d’être (on en trouve toutes des erreurs dans notre maternage quotidien, n’est ce pas ?). J’ai terminé ma formation d’animatrice LLL et j’ai commencé à soutenir les mères par téléphone, mail et pendant les réunions mensuelles.

Mon expérience m’a sensibilisée aux signes de DPP chez les autres mères. Cela peut être un avantage lorsque je soutiens une mère allaitante qui a des problèmes d’attachement. Je serai toujours reconnaissante de ce miracle qui a sauvé ma relation avec mon fils : les merveilleuses hormones de l’allaitement, et l’aide de La Leche League.

Aider les mères souffrant de DPP

La première mère avec une DPP que j’ai aidée m’a contactée par téléphone : une mère dans une profonde détresse après un accouchement traumatique. Elle n’avait pas noué le lien avec son bébé, elle n’a même pas mentionné le fait qu’elle avait donné naissance à un petit garçon. La mère a seulement évoqué la douleur et l’injustice qu’elle avait éprouvée à l’hôpital. Elle réunissait tous les éléments pour une DPP (accouchement traumatique, manque de soutien, et un allaitement qui ne démarrait pas correctement en raison d’interventions après l’accouchement qui avaient nécessité une anesthésie générale). Ce premier appel téléphonique a duré une heure pendant laquelle elle n’a pas arrêté de parler et je n’ai même pas pris de notes dans mon cahier d’appel, j’ai juste écouté et partagé sa douleur.

Pendant plusieurs semaines, nous nous sommes régulièrement parlé au téléphone. Je l’ai écoutée patiemment, alors qu’elle me racontait encore et encore les mêmes choses. J’avais appris de ma propre expérience qu’elle avait besoin de les dire de nombreuses fois afin de réduire leur poids dans son esprit et guérir.

Je l’ai aidée avec des idées sans mentionner le fait que j’avais vécu quelque chose de similaire moi-même. Ma phrase la plus utilisée était « Certaines mères ont trouvé utile de… (insérer une suggestion). » J’insistais sur le fait de bien manger (parce que la malnutrition contribue à la DPP et elle gêne la guérison), d’essayer de dormir autant que possible (la privation de sommeil est un autre élément majeur de la DPP), et de trouver un soutien autour d’elle. Dans le cas de cette mère, il n’y avait pas de père dans le décor et sa famille vivait à l’étranger donc j’ai suggéré qu’elle contacte amis et groupes de soutien via Facebook afin d’avoir sa dose quotidienne d’encouragement. Je l’ai soutenue quand elle m’a dit qu’elle aimerait écrire à l’hôpital pour se plaindre. Nous avons discuté du fait que c’était important pour elle de le faire, pour l’aider à guérir des souvenirs de ce qui lui était arrivé et pour tenter d’empêcher que cela se produise pour d’autres mères à l’avenir. J’ai souligné l’importance de l’allaitement maternel, encore et encore, comme un moyen de guérir et de nouer le lien avec son petit garçon.

Lorsque je l’ai appelée un mois plus tard, elle semblait complètement différente. Sa voix était différente : elle semblait plus calme et plus heureuse. Auparavant, son bébé aurait commencé à crier et elle se serait mise à pleurer (sans aller vers lui). Cette fois, le bébé a commencé à pleurer et elle lui a parlé avec des mots doux (« Pourquoi pleures-tu maintenant, mon bébé? »). Elle m’a expliqué qu’il venait de téter et qu’elle ne comprenait pas pourquoi il pleurait. J’ai suggéré en passant que peut-être il avait sauté le dessert et elle l’a remis au sein. J’étais extrêmement heureuse d’entendre sa voix changer encore plus alors qu’elle l’allaitait. La super ocytocine faisait son travail !

Ecouter et parler

Les animatrices peuvent aider les mères souffrant de DPP en les écoutant autant qu’il est possible et en les encourageant à parler. Les animatrices peuvent aussi encourager les mères à chercher un soutien professionnel lorsque la situation ne s’améliore pas. Il y a des associations et des groupes de soutien spécialisés dans le traitement de la DPP. Dans la mesure du possible, il faut essayer de se renseigner sur la façon dont ils soutiennent l’allaitement avant de les recommander à une mère car ce n’est pas toujours le cas.

Des livres utiles (en anglais)

  1. Thomas, Kim. Birth Trauma. A Guide for You, Your Friends and Family to Coping with Post-Traumatic Stress Disorder Following Birth. Nell James Publishers, 2013. – Une mère qui traverse un épisode de dépression postnatale a besoin d’aide et son partenaire, sa famille, son entourage en ont besoin aussi afin de pouvoir la comprendre et la soutenir. Ce livre explique la situation et propose des idées pour mieux la gérer et éviter que cela n’empire. C’est un livre d’empowerment pour le cercle de soutien de la mère.
  1. Kendall-Tackett, Kathleen A. Depression in New Mothers: Causes, Consequences, and Treatment Alternatives. Routledge, 2009. – Kathleen Kendall-Tackett présente les résultats de différentes études qui expliquent les causes de la dépression postnatale, ce qui peut arriver à la mère et à son enfant si elle n’est pas traitée, et propose des alternatives pour aider la mère à se rétablir.

Hanny GhaziHanny Ghazi, originaire de Colombie, vit aujourd’hui en France avec son époux et leur fils Emilio de trois ans. Elle est animatrice LLL depuis décembre 2014. Hanny a créé  un groupe de soutien aux mères hispanophones en région parisienne en mai 2015. Hanny blogue sur le maternage par l’allaitement (le tout en espagnol) sur www.cafelaleche.fr et on peut trouver le récit complet de sa dépression postpartum dans « Breastfeeding Today » de Août 2014.